DISINFO: L'Occident prétend à tort que les médias russes ne sont pas libres.
SUMMARY
En 2020, la Russie occupe la 149e place dans l'Indice mondial de la liberté de la presse, publié chaque année par Reporter sans frontières. Beaucoup en Occident considéreront cela comme un fait, car depuis des décennies, leurs médias leur ont martelé que le Kremlin tue des journalistes. Cependant, les chiffres fournis par le Comité pour protéger les journalistes, basé à New York, indiquent clairement que sous le prédécesseur de Poutine, Boris Eltsine, les choses étaient beaucoup pire. Le même indice de liberté de la presse classe les Pays-Bas au 5ème rang mondial, mais cela ne signifie certainement pas qu'un journaliste néerlandais va mieux qu'un journaliste russe. En Russie, il est possible pour les médias de dépeindre le président Vladimir Poutine comme un chien, comme l'a fait The Moscow Times. Aux Pays-Bas, insulter le roi entraîne une peine de prison allant jusqu'à 5 ans et une amende de 20 500 euros.
RESPONSE
L'article combine la sélection de données et des mensonges flagrants pour soutenir sa revendication centrale. L'Indice de liberté de la presse de RSF est basé sur une méthodologie détaillée qui évalue la liberté des médias dans un pays donné en se basant sur 87 questions posées à des "professionnels des médias, avocats et sociologues" basés dans ce pays. Les réponses à ces questions sont ensuite converties en six indicateurs qualitatifs, tels que "pluralisme", "indépendance des médias", "auto-censure" et "transparence", qui forment à leur tour la base du classement de liberté de la presse du pays. L'auteur tente de détourner cela en se concentrant exclusivement sur le nombre de journalistes assassinés, qui étaient soi-disant "bien pires" sous Eltsine. Cependant, même cette affirmation est problématique. Le septième indicateur quantitatif ("abus") figurant dans l'Indice de liberté de la presse est déterminé par une équipe distincte d'experts de RSF et utilisé pour calculer un score séparé. RSF explique que "[l]e score final d'un pays est le plus élevé des deux scores. Cette méthode empêche qu'un score inappropriément bas (classement élevé) soit donné à un pays où peu ou pas d'actes de violence contre les journalistes ont lieu parce que la fourniture de nouvelles et d'informations est étroitement contrôlée." Néanmoins, le score "abus" de la Russie en 2020 (53.38) a toujours dépassé son score de "situation sous-jacente" (47.20). Le kit de presse accompagnant l'indice 2020 de RSF indique également que "[a]u moins 37 journalistes professionnels russes ont été tués en lien avec leur travail depuis 2000," contre 40 journalistes tués en 1992-9. Cela remet en question l'affirmation de l'auteur selon laquelle la situation des journalistes russes a connu une amélioration marquée sous Poutine. L'auteur balaie ensuite d'un revers de main la position de 144 places des Pays-Bas sur la Russie dans le classement de RSF en citant le problème extrêmement spécifique des lois néerlandaises sur le lese-majeste d'une part, et la manière supposément progressive dont l'État russe traite les représentations de Poutine d'autre part. De plus, l'argument lui-même est truffé d'inexactitudes et repose sur des sources obsolètes. Depuis 2018, offense délibérée au monarque est punie d'une peine maximale de quatre mois (et non cinq ans). Même avant que la loi ne soit assouplie, la plus longue peine de prison infligée en vertu de celle-ci était de cinq mois et concernait un individu accusé de dommages matériels et discours violent au cours des mêmes procédures. La loi est également plus difficile à appliquer dans les cas où la liberté d'expression est directement concernée y compris la comédie, le débat public et le journalisme. En revanche, le parlement russe a adopté une loi en 2019 criminalisant "l'insulte publique d'un représentant du pouvoir" et stipulant jusqu'à un an de "travail correctionnel" (c'est-à-dire colonie pénale) en cas de condamnation (Art. 319). Bien que la loi ne criminalise pas exclusivement les insultes dirigées contre le président russe, la moitié de tous les cas (51 sur 100) et les trois quarts de toutes les condamnations (38 sur 51) entre mars 2019 et mars 2020 concernaient des individus qui critiquaient Poutine (pp. 5-6), y compris au moins deux journalistes (voir ici et ici).