Mpox, mythes et manipulation des médias

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Les tactiques de désinformation pro-Kremlin instrumentalisent une nouvelle fois les peurs liées à la santé en Afrique, rappelant les campagnes meurtrières menées à l’époque de la guerre froide et qui alimentaient le déni du VIH/SIDA.

Les théories du complot et la désinformation sur la mpox s’inspirent de stratégies de propagande vieilles de plusieurs décennies. Nous expliquons ici pourquoi il est essentiel de dénoncer la désinformation qui exploite les peurs en matière de santé pour lutter contre la propagation de maladies mortelles tout en vaccinant la population.

Apparition d’une nouvelle forme de mpox

La mpox est une maladie virale apparentée à la variole. Elle est présente principalement en Afrique centrale et de l’Ouest et se transmet entre animaux et humains. Le virus provoque une éruption cutanée accompagnée de croûtes, de fièvre et d’un gonflement des ganglions. Les symptômes sont légers chez la plupart des personnes, mais la maladie peut prendre une forme plus grave chez les enfants, les femmes enceintes ou toute personne dont le système immunitaire est affaibli.

Le virus a été identifié pour la première fois en 1958 à Copenhague chez des singes originaires de Singapour, d’où son nom initial de «variole du singe». Le premier cas humain a été identifié en 1970. Il s’agissait d’un bébé originaire de République démocratique du Congo (RDC).

En septembre 2023, une nouvelle version du virus mpox, appelée clade 1b, est apparue dans la ville minière de Kamituga, dans la province du Sud-Kivu (RDC). Bien qu’une épidémie précédente ait été maîtrisée grâce à des vaccins et à l’adoption de mesures de santé publique, cette nouvelle forme s’est rapidement propagée. En janvier 2024, elle s’était étendue à tout le pays. Ceci a incité l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à déclarer un état d’urgence sanitaire mondiale en août de la même année.

Les stigmates de l’époque coloniale nourrissent les complots modernes

En Afrique, de nombreuses personnes se méfient des autorités de santé publique. Les abus médicaux de l’époque coloniale ont suscité une méfiance durablement ancrée. Aujourd’hui, les fausses informations circulent encore plus rapidement en ligne. Certaines personnalités influentes, comme l’activiste togolais et figure des réseaux sociaux Egountchi Behanzin, laissent entendre à tort que la mpox a été fabriquée dans des laboratoires militaires européens dans le but de stériliser les communautés congolaises ou d’aider les groupes pharmaceutiques à gagner de l’argent. Ce type de théories du complot fait écho à d’anciennes théories datant de la Guerre froide.

En 1983, l’Union soviétique a lancé une campagne connue sous le nom d’Opération Denver ou INFEKTION. Le KGB a glissé une fausse information dans un journal indien, affirmant que le VIH/SIDA avait été créé par l’armée américaine pour servir d’arme biologique. Ce mensonge s’est propagé dans plus de 80 pays par le biais des médias soviétiques et des services de renseignement alliés. Il a même influencé des dirigeants tels que le président sud-africain Thabo Mbeki, qui a ignoré la science et refusé de fournir un traitement contre le VIH aux patients. Selon des chercheurs de Harvard, cette décision a provoqué plus de 330 000 décès qui auraient pu être évités.

Pour cette raison, cette campagne de désinformation figure parmi celles qui ont fait le plus de dégâts de l’histoire. Voir également cette enquête du New York Times (vidéo).

Les temps et les virus changent, les tactiques restent

Aujourd’hui, des réseaux affiliés à la Russie ont recours à des stratagèmes similaires. Ils profitent des peurs suscitées par les pandémies et utilisent des maladies comme la mpox, le virus de Marburg, Ébola et le paludisme, souvent pour alimenter le racisme, la peur et la division. Une rumeur a établi à tort un lien entre la mpox et les communautés LGBTIQ+, renforçant ainsi la stigmatisation et le risque de provoquer des réactions violentes. Le francophone Behanzin, qui a diffusé de fausses allégations sur les vaccins contre le paludisme, a aussi été accusé par le Wall Street Journald’avoir été payé par des organisations russes.

En août 2024, des médias d’État russes comme Sputnik et TASS faisaient l’éloge des vaccins russes et des travaux scientifiques de l’Institut russe Gamaleya et de Rospotrebnadzor, tout en mettant en doute l’aide occidentale.

Leur but? Donner l’impression que l’Occident, et l’OMS dont il tire les ficelles, est responsable des épidémies virales et des vaccins dangereux, tout en présentant la Russie comme le véritable allié de l’Afrique.

Plusieurs dizaines d’années après l’Opération Denver, qui a semé un doute mortel sur le VIH/sida, l’Afrique pourrait connaître des ravages similaires alimentés davantage par la croyance que par la biologie. Si l’on ne fait pas barrage à la désinformation, les vaccins à eux seuls ne suffiront pas à stopper la maladie en Afrique et ailleurs. La Mpox reste une crise de santé publique majeure, tout comme la méfiance généralisée de la population.

Ne vous laissez pas abuser.

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