Alors que le New START arrive à son terme, la désinformation à son sujet continue
Le Kremlin reproche à d’autres de ne pas avoir prolongé le traité New START. Or, Moscou a largement contribué à saper le traité bien avant son expiration.
Le 6 février 2026, le traité New START, dernier traité de contrôle des armes nucléaires encore en vigueur, a expiré. À cette occasion, le Kremlin a lancé et poursuivi des campagnes FIMI visant à minimiser la responsabilité de Moscou dans l’expiration du traité, à rejeter la responsabilité sur des acteurs extérieurs, à susciter une paranoïa apocalyptique et à proclamer une nouvelle multipolarité nucléaire mettant en avant la Russie en tant que grande puissance.
Les médias pro-Kremlin ont agité le spectre d’une destruction mutuelle assurée tout en présentant la Russie comme l’acteur responsable dont la proposition de prolongation d’un an « n’a pas été entendue à Washington ». Dans le même temps, certains commentateurs prorusses ont semblé approuver l’émergence d’un monde nucléaire multilatéral dominé par les États-Unis, la Chine et la Russie.
Il est vrai que l’administration américaine n’était pas favorable à la prolongation du traité, plaidant pour une nouvelle approche qui inclue la Chine ; mais il est également vrai que le Kremlin creuse la tombe du traité depuis des années.
Le lent démantèlement du New START
Un peu de contexte. Après son entrée en vigueur le 5 février 2011, le traité entre les États-Unis et la Russie a limité le nombre d’armes nucléaires stratégiques que chaque partie pouvait déployer, plafonné le nombre d’autres armes stratégiques telles que les bombardiers lourds, et mis en place des systèmes de surveillance comprenant des inspections sur place des installations nucléaires.
Pendant la pandémie de COVID, les États-Unis et la Russie ont suspendu leurs inspections mutuelles des sites d’armes nucléaires pour des raisons sanitaires. En août 2022, Moscou a suspendu la reprise de ces inspections, qui constituent un mécanisme de surveillance essentiel du traité. À l’époque, le Kremlin avait imputé cette décision aux sanctions occidentales imposées à la suite de l’invasion illégale et à grande échelle de l’Ukraine par la Russie.
Puis, en février 2023, le Kremlin a suspendu sa participation au traité, sans toutefois s’en retirer complètement.
Les menaces nucléaires du Kremlin
Pendant que le Kremlin démantelait progressivement sa participation au New START, il continuait à mener une campagne FIMI de longue date présentant l’Occident comme déterminé à provoquer une confrontation nucléaire avec la Russie.
Parmi de nombreux exemples, les médias prorusses ont accusé les pays occidentaux d’encourager l’Ukraine à mener des actes de terrorisme nucléaire contre la Russie, ont affirmé que l’Occident aidait l’Ukraine à construire une bombe sale pour l’utiliser contre la Russie et ont prétendu que les chars occidentaux donnés à l’Ukraine pouvaient transporter des ogives nucléaires.
En outre, certains médias et commentateurs ont accusé les pays occidentaux d’aider l’Ukraine dans le cadre de potentielles attaques contre des centrales nucléaires russes, de comploter pour faire porter à la Russie la responsabilité d’attaques ou de catastrophes nucléaires, et de fournir à l’Ukraine des « substances radioactives » que le pays pourrait utiliser contre la Russie.
Les médias pro-Kremlin ont également élargi le champ des responsabilités en affirmant que l’OTAN avait détruit la confiance dans le New START.
Laboratoires biologiques, bombes sales et menaces imaginaires
Et ce n’est qu’un début. Depuis au moins la première invasion et annexion d’une partie de l’Ukraine en 2014, les médias d’État russes et pro-Kremlin n’ont cessé de répéter que les pays occidentaux complotaient pour utiliser des armes de destruction massive contre le pays.
Une vaste campagne FIMI a longtemps prétendu à tort que les États-Unis utilisaient des laboratoires biologiques à travers le monde pour expérimenter des armes biologiques et chimiques. Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022, cette campagne s’est intensifiée, affirmant entre autres que des laboratoires américains développaient des armes biologiques près des frontières russes, essayant d’une manière ou d’une autre de réduire le patrimoine génétique de la Russie et de transformer les soldats ukrainiens en « monstres cruels ».
Enfin, tandis que le Kremlin a accusé l’Occident de planifier des conflits nucléaires, ses campagnes FIMI ont cherché à normaliser la célébration de la puissance nucléaire russe.
Plus particulièrement, les commentateurs prorusses ont souvent mis en avant la vitesse, la puissance destructrice et la capacité d’intimidation supposées du missile Oreshnik à capacité nucléaire. La désinformation a par exemple prétendu que l’impact du missile avait provoqué un tremblement de terre en Ukraine, qu’une frappe de ce type avait privé la Moldavie de la moitié de ses réserves de gaz et que le déploiement de l’Oreshnik en Biélorussie équivalait à une condamnation à mort pour la Pologne. Les médias russes ont mis en avant son récent déploiement en Biélorussie dans une vidéo diffusée le 30 décembre. La vidéo montrait des soldats russes en train de transporter les systèmes de missiles à travers les forêts biélorusses et de les installer. Compte tenu de la portée de l’Oreshnik, la décision du Kremlin pourrait avoir été prise dans le but de menacer non seulement la Pologne, mais aussi d’autres pays européens.
Le retard pris dans le déploiement du missile balistique intercontinental RS-28 Sarmat a reçu un traitement similaire, avec des commentateurs prorusses produisant un clip vidéo pour glorifier sa puissance. Comme on pouvait s’y attendre, la vidéo ne montre pas les moments forts des éventuels échecs des tirs d’essai.
De la transparence à l’opacité
La FIMI autour du New START et l’intention de normaliser le discours autour de la menace nucléaire se renforcent mutuellement. Ensemble, elles forment une architecture de communication stratégique qui détourne la responsabilité de l’effondrement du contrôle des armements, légitime le changement de doctrine de la Russie vers des seuils nucléaires plus bas et conditionne les publics étrangers à considérer l’intimidation nucléaire comme une pratique routinière.
En bref, la fin du New START n’est pas seulement une étape juridique ou diplomatique importante mais aussi un tournant dans la stratégie d’information de la Russie. L’écosystème FIMI pro-Kremlin est en train de s’éloigner d’une transparence en matière de contrôle des armements pour s’orienter vers une opacité fondée sur l’information, en façonnant la perception mondiale du risque nucléaire selon les termes de Moscou. En ce qui concerne le New START, ce changement a eu pour conséquence de faire passer la dégradation progressive du traité par la Russie pour une réponse irréprochable et inévitable aux provocations supposées de l’Occident.