Comment la Russie manipule l’information sur la guerre au Moyen-Orient

Plongeur fixant des explosifs sur un pipeline sous-marin pendant une explosion (Description générée par l'IA)
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Cette semaine, le Service de renseignement extérieur de la fédération de Russie a remis en circulation d’anciennes allégations selon lesquelles certains pays européens envisageraient de fournir une arme nucléaire à l’Ukraine. Parallèlement, des récits de manipulation de l’information et d’ingérence menées depuis l’étranger (FIMI) ont accusé l’Ukraine et le Royaume-Uni de préparer des sabotages de pipelines. Enfin, d’autres affirmations infondées ont également circulé, prétendant que les États du Golfe auraient sollicité la Russie pour devenir le garant de la paix au Moyen-Orient, au motif qu’aucun autre pays ne serait en mesure d’assumer ce rôle.

« L’Europe menace la Russie avec des armes de destruction massive »

Un média d’État russe s’est appuyé sur des rapports non vérifiables du Service de renseignement extérieur de la fédération de Russie (SVR) pour affirmer que la France et la Grande-Bretagne auraient élaboré un plan visant à fournir à l’Ukraine une arme nucléaire entière, ou du moins une bombe « sale » radioactive. Cette allégation a été relayée par plusieurs médias dans différentes langues, laissant entrevoir un haut niveau de coordination derrière sa diffusion. Un article de Sputnik est allé encore plus loin, prétendant que la divulgation opportune de ce supposé complot par le SVR aurait permis d’éviter une « catastrophe nucléaire ». L’argument implicite était que, du fait que le SVR avait exposé le plan, Londres et Paris n’auraient eu d’autre choix que d’y renoncer.

Il va sans dire que ces articles ne fournissaient aucune preuve étayant ces allégations, mais les ont néanmoins relayées. L’Ukraine, le Royaume-Uni et la France ont fermement démenti ces accusations russes. Il s’agit d’une fausse affirmation que la Russie continue de recycler, utilisant fréquemment le SVR pour propager des allégations et des prédictions infondées qui ne se concrétisent jamais, comme nous l’avons déjà démontré.

« L’Ukraine et le MI6 sont impliqués dans un projet de sabotage de pipelines »

Des médias pro-Kremlin ont également affirmé que l’Ukraine et ses partenaires occidentaux planifiaient en secret de saboter des pipelines gaziers en mer Noire. Une série de médias en langue russe a cité Vladimir Poutine, affirmant que l’Ukraine serait déterminée à endommager les pipelines TurkStream et Blue Stream, dans le but de « faire exploser » métaphoriquement les négociations de paix. Un autre article a ajouté que le Service de renseignement extérieur britannique MI6 serait impliqué dans des projets visant à saboter le pipeline TurkStream.

Comme à l’accoutumée, aucune preuve, en dehors des déclarations de Vladimir Poutine, ne venait étayer ces accusations. On sait néanmoins que, au fil des années, Moscou a formulé de nombreuses allégations contre l’Ukraine, affirmant notamment que le pays utilise des armes biologiques, met en scène des crimes imputés à la Russie, ou cherche à faire porter à cette dernière la responsabilité d’attaques impliquant des substances toxiques. Aucune preuve n’a jamais été apportée pour étayer ces accusations, ni pour les nombreuses autres de même nature.

En ce qui concerne la supposée implication du MI6, les médias pro-Kremlin présentent fréquemment le Royaume-Uni comme une puissance belliqueuse et opposée à la paix. Plus largement, les nationalistes pro-Kremlin en Russie nourrissent une paranoïa particulière à l’égard de la Grande-Bretagne, qu’ils considèrent comme un véritable ennemi juré de Moscou, engagé dans une guerre non déclarée contre la Russie depuis 500 ans.

« Les États du Golfe font appel à la Russie pour jouer le rôle de garant de la paix »

Des médias pro-Kremlin en langue espagnole ont diffusé le récit selon lequel les pays du Golfe, notamment le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, auraient sollicité la Russie pour agir comme garant de la paix et assurer un cessez-le-feu immédiat dans la région. Selon ces sources, la Russie serait le seul pays capable de négocier efficacement la paix et de garantir un cessez-le-feu.

Avec cette fausse affirmation, la machine de désinformation pro-Kremlin (FIMI) cherche à exploiter le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran pour présenter la Russie comme un acteur géopolitique incontournable. Après l’attaque américano-israélienne, Vladimir Poutine a mené une série d’entretiens téléphoniques avec les dirigeants du Qatar, de Bahreïn, d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis ainsi qu’avec l’Iran. Toutefois, ces contacts ont été initiés par la Russie et non à la demande des États concernés, comme le confirment les comptes rendus des appels publiés par le Kremlin.

Ce récit cherche à exagérer l’influence géopolitique de la Russie, la présentant comme un acteur bien plus puissant et déterminant qu’elle ne l’est réellement. Il pourrait également s’agir d’une tentative de contrer le nombre croissant d’analyses soulignant un déclin de l’influence de Moscou sur la scène internationale, notamment après le renversement, la capture ou l’élimination de plusieurs de ses alliés internationaux, tels que Bachar Al Assad en Syrie, Nicolás Maduro au Venezuela et Ali Khamenei en Iran. La Russie s’efforce systématiquement de se présenter comme un acteur international majeur, soutenu par une majorité de pays, prétention qu’elle a cherché à consolider au cours des dernières années. En réalité, les faits indiquent le contraire.

Ne vous laissez pas tromper.

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